Le Grand Paris a maintenant son roman. Il est signé Aurélien Bellanger (37 ans), phénomène littéraire depuis la parution de sa première fiction La Théorie de l’information. Dans son quatrième opus, à la fois érudit et lyrique, le romancier fait le portrait d’un jeune banlieusard du 92 qui se trouve propulsé conseiller en urbanisme de Nicolas Sarkozy, alias « le Prince ». À ce titre, il devient l’inspirateur du locataire de l’Élysée sur tous les sujets liés à la métropole, et même l’inventeur du Grand

Paris Express. Puis viendra la disgrâce… Féru d’urbanisme, parfois comparé à Michel Houellebecq, l’écrivain évoque pour nous quelques-uns des grands thèmes de son livre : révolution du « supermétro », rupture de lien entre Paris et sa banlieue, place de la capitale dans le monde… Rencontre enthousiasmante.

Propos recueillis par Bertrand Gréco et Gaspard Dhellemmes

Le thème du Grand Paris peut paraître à priori technique, voire technocratique. Comment décide-t-on d’en faire un sujet de roman ? Pourquoi vous êtes vous pris de passion pour l’Île-de-France ?

AURÉLIEN BELLANGER Je garde le souvenir très précis du discours de Nicolas Sarkozy en 2007 à la Cité de l’architec- ture et du patrimoine. Je ne me rappelle pas précisément du contenu du texte, mais de la façon dont il a été relayé. Il y avait une sorte d’unanimisme de la presse, des architectes, etc. Une réception parfaite. Le Grand Londres était dans tous les esprits à l’époque, nous savions que la capitale britan- nique avait fait son intégration métropolitaine, et nous pas. L’autre raison est plus personnelle : j’ai passé pratiquement toute mon enfance dans l’Essonne, du côté d’Évry. J’ai donc vécu de l’intérieur l’échec des villes nouvelles. J’habitais une grande zone pavillonnaire qui ne ressemblait pas à une ville, dans un endroit qui ne donnait pas vraiment envie de s’installer. Déçus, mes parents sont partis habiter Nantes. J’ai donc gardé le souvenir de cet échec qui, jusqu’à présent, n’a été suivi par aucun autre grand projet d’urbanisme. Les paysages franciliens ont donc fait partie de mon imaginaire d’enfant. Pour écrire ce livre, je me suis acheté un vélo et j’ai sillonné la région en traversant le périphérique – un tabou absolu pour beaucoup de Parisiens.

En quoi est-ce un thème universel ? En quoi les lecteurs non franciliens peuvent-ils se sentir concernés ?
AB Paris est un sujet qui intéresse le monde entier ; il suffit de dire que le Grand Paris est Paris sous un autre nom. L’aspect strictement technocratique, je l’ai rapidement évacué, car il était difficile à raconter. Du coup, j’ai peu traité la partie institutionnelle pour insister davantage sur la partie infra, c’est-à-dire le Grand Paris Express. C’est LE grand projet, l’élé- ment le plus visible, celui qui va d’abord marquer les esprits. L’autre angle d’accès était de dire que Paris est l’une des rares métropoles qui peut prétendre au statut de ville-monde. Pas simplement parce que s’y déroule la fashion week ou que l’Unesco y est implanté, mais aussi parce que c’est une ville dont la population est extrêmement multinationale. Et c’est encore plus vrai pour la Seine-Saint-Denis. Ce territoire est la preuve vivante qu’il existe une cohabitation possible entre des habitants d’origine multiple. Le Grand Paris Express est d’ail- leurs décrit comme un système de forage directionnel d’ex- ploitations pétrolières : on évoque des gisements d’emplois et de croissance, en l’occurrence à destination d’une population jeune et intégrée au monde.

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