Notre reporter s’est rendue au vernissage de l’exposition « Inventons la Métropole du Grand Paris » qui se tient au pavillon de l’Arsenal jusqu’au 4 mars. Entre engouement, scepticisme et curiosité, panel de réactions des principaux acteurs de cet appel à projets.

Par : Sonia Desprez

Au vernissage de l’exposition des projets lauréats de ce grand concours lancé par la Métropole du Grand Paris se pressaient des centaines, voire des milliers de professionnels : promoteurs immobiliers, élus, architectes, startuppers… dans un esprit glo-balement enthousiaste, et très innovant. Outre les discours de Patrick Ollier et Anne Hidalgo, voici ce qu’on a pu y entendre…

« Nous sommes venus voir les projets, où ils vont se faire et s’ils sont en adéquation avec les vrais besoins. On espère qu’il n’y aura pas que du vert partout… Les programmes avec du végétal, c’est un effet de mode, mais on n’est pas convaincu par leur durée de vie. Par exemple, le projet Mille arbres, on a des doutes ! C’est tellement sur du long terme… » Une ancienne de la préfiguration de la Métropole du Grand Paris et un membre du conseil de l’Atelier international du Grand Paris.

« Je suis curieux de voir les contre-projets, mais être ici, ça permet de voir les amis ou les concurrents. Pour moi, ce projet montre deux choses : l’échec des collectivités territoriales à imaginer par elles-mêmes, et l’aveu qu’il faut faire confiance au privé. Le contrat public-privé est la seule issue. » Un entrepreneur culturel lauréat de deux projets.

« Voir ce qu’ont proposé les autres va nous aider à communiquer sur les projets. Une exposition comme celle-ci permet au public de se rendre compte que Paris et la Métropole bougent vraiment, que les projets se soucient des utilisateurs (beaucoup plus qu’avant) et qu’ils sont innovants. » Directeur général de Woodeum, lauréat de deux projets (porte de Brancion et porte de Vanves).

« On vient chercher les médailles, on est contents ! Nous avons été en chambre longtemps, six mois, à travailler sur les projets, sans parler avec les autres, donc on est intéressés de voir qui d’autres a gagné, et qui a perdu aussi. Ce concours, c’est une méthode d’appel d’offres qui pousse des groupements hétéroclites à se constituer, ce qui permet une innovation fantastique. Jamais on n’aurait travaillé de cette manière avec des gens qui font des fresques sur les toits, par exemple. Il y a une tendance de ces  concours qui cassent les silos, tout le monde travaille en ingénierie simultanée. C’est bien, car on a plus de chances de réussir quand on est plus nombreux, avec des angles de vue opposés. » Un promoteur, colauréat de trois projets.

« Je viens pour m’informer et faire du lobbying, car le monde de l’immobilier est là ce soir. J’ai voulu candidater sur le site d’Arcueil, et j’ai été impressionnée par le projet de la Compagnie Phalsbourg, très avant-gardiste, ambitieux, écolo. » La directrice adjointe d’un cabinet d’architecture international (17 agences dans le monde).

« On en a bavé. Pas moi, mais les équipes. La Métropole existe depuis vingt mois. En janvier 2016, Anne Hidalgo m’a offert son petit livre rouge « Réinventer Paris », d’où l’idée d’ « Inventer la Métropole du Grand Paris » (pas la réinventer, car elle n’existait pas). La Métropole, c’est 131 villes, 7 millions d’habitants, et c’est l’interlocuteur unique pour les architectes, les promoteurs, etc. On a visité 112 sites en un mois et demi, on en a retenu 57 pour le concours qu’on a lancé en octobre 2016 et pour lequel on a rendu les résultats en 2017. Il y a eu 200 heures de délibération du jury, et on a 7,2 milliards d’euros de projets financés par des aménageurs. Au prochain Mipim de Cannes, on lancera l’an 2 du projet !» Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, extrait du discours de vernissage.

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« Le meetup organisé par la Société du Grand Paris était remarquable en matière de mise en relation entre promoteurs et innovateurs. Ca m’a donné l’occasion d’entrer en relation avec des maîtres d’oeuvre. L’intérêt de ce concours, c’est la tentative de mixer innovation et architecture d’excellence, qui d’habitude ne se marient pas très bien, et même d’autres acteurs, comme les Grands Voisins. La Société du Grand Paris est une organisation encore jeune qui a trois ans d’expérience de relation avec les entreprises d’innovation et Datacity (un programme de référence en urbanisme). Elle a beaucoup à apprendre de Paris. Les challenges annoncés ce matin à Data-city, sur la gestion des déchets, sur l’éclairage pub-lic par exemple, montrent que ça prend une ampleur intéressante. » Le président d’une start-up de logiciels pour bâtiments autosuffisants.

« Je travaille au service du patrimoine architectural. On a suivi et accompagné des projets sur les questions de préservation de patrimoine sur des sites remarquables. Ce concours donne un avenir très intéressant à des sites dont les villes ne savaient parfois plus trop quoi faire, avec des partenaires multiples et une vraie dynamique.» Une fonctionnaire du département de Seine-Saint-Denis.

« Ce qu’a dit Ollier est vrai : ce concours a donné une certaine existence à la Métropole, avec beaucoup de projets audacieux. Est-ce que ça verra le jour ? On verra. Mais si les équipes ont travaillé avec les élus, en allant loin, c’est qu’il y a une vraie dynamique. Il en restera forcément quelque chose. Il y a une tendance de la nature dans la ville, pas une tour sans végétal, et on peut s’interroger. Il y a beaucoup d’innovation. Je ne sais pas si c’est réaliste, mais les images interpellent. » Un élu d’une ville concernée par un projet.

« L’an dernier, je pensais que ce concours était un artifice d’Ollier pour faire exister la Métropole, mais je suis bluffé par le résultat. L’état d’esprit est bien meilleur que pour Réinventer Paris. Là, il y a une rémunération de base pour les projets. Elle ne couvre pas tout, mais c’est mieux. Et puis, il y a plus de maturité, les différentes équipes ont pris l’habitude de collaborer avec des gens qui ne se connaissaient pas forcément. C’est une dynamique assez nouvelle, tout le monde est content. C’est valorisant pour les élus des villes retenues d’être dans un concours dont on parle dans toute l’Île-de-France et au-delà. Il faut continuer, le refaire tous les deux ou trois ans, car il y a beaucoup de terrains. Sur le plan juridique, ce sont des montages complexes, donc c’est du travail pour nous. » Un avocat dont le cabinet représente des architectes, des promoteurs, des groupements de locataires…

« Ce genre de concours fait vraiment fonctionner les neurones. On essaye d’être innovant dans les programmes, notamment sur le partage des locaux entre résidents et professionnels. C’est d’ailleurs la tendance qui ressort : des logements à partager, des espaces de coworking, des espaces mixtes privés-publics. Beaucoup de lieux publics deviennent des lieux privés partagés, les immeubles ne sont plus réservés aux seuls usagers, mais sont ouverts au grand public aussi. Majoritairement, nous pensons que les projets se feront, même si pour certains, l’innovation n’est qu’un vernis et leur projet est en fait un retour en arrière. » Deux promoteurs avec des projets lauréats.

 

Crédit photo : © PAVILLON DE L’ARSENAL, PARIS, 2017

 

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