Entrepôt MacDonald

Le point de vue de Jean-Jacques Treuttel, architecte urbaniste et paysagiste (TGT et associés)

Entre les boulevards des Maréchaux et le périphérique, dans le 19e arrondissement, l’ancien entrepôt Macdonald est en cours de reconversion dans le cadre du projet de renouvellement urbain Paris Nord-Est mis en œuvre par la mairie. Jean-Jacques Treuttel décrypte la mutation de ce géant de 617 mètres.

Avec l’œil d’un architecte étranger au projet, Jean-Jacques Treuttel commente la métamorphose en cours des anciens entrepôts Macdonald, à Paris 19e, conçus en 1970 pour l’entreprise de fret SNTR Calberson. « La première photo met bien en valeur le caractère d’entrepôt du bâtiment, qui est plutôt de bonne facture pour un entrepôt construit dans les années 1960. Il est extrêmement étiré et relativement haut. Ce qui est intéressant, c’est la répétition de modules qui marque son horizontalité » observe l’architecte. Le projet de reconversion, réalisé par l’agence néerlandaise OMA, a d’ailleurs conservé l’échelle hors normes de ce vaisseau de 617 mètres, presqu’aussi long que l’île Saint-Louis, grand témoin de l’activité semi-industrielle de ce nord-est parisien.
« Dans l’entre-deux, entre le bâtiment et le boulevard, on distingue un espace de déchargement et de stationnement » poursuit Jean-Jacques Treuttel. « Le temps est triste et gris ; il vient probablement de pleuvoir et l’on ne voit que des voitures et des camions. En revanche, sur la vue d’architecte, tout change ! Il fait beau, il y a du monde sur les coursives et le trottoir. Le bâtiment a été épuré, rendu plus lisse, comme nettoyé, voire aseptisé. On est passé d’un béton un peu rugueux à un métal bleuté et de grandes baies vitrées ».
« Une impression de lévitation » 

L’attention de l’architecte urbaniste se porte inévitablement sur la transformation de l’entrepôt : « Il a été surélevé de 4 niveaux, avec un étage en retrait. Néanmoins, cette surélévation n’écrase pas le bâtiment initial. Au contraire, elle donne une impression de légèreté, et même de lévitation par rapport à la partie basse. Sur cette dernière, le porte-à-faux a disparu pour abriter des magasins ou peut-être des bureaux. Toutefois, ça ne donne pas l’impression qu’on ait voulu casser l’étirement du bâtiment » remarque-t-il.

Avant même la conception du bâtiment industriel, la ville de Paris lui avait d’ailleurs prévu une seconde vie. « […] La construction actuelle, étant donnée sa grande longueur, devait être étudiée pour apparaître en quelque sorte comme le socle, le soubassement des constructions futures, expliquait alors Marcel Forest, l’architecte retenu. On n’engage ainsi en rien leur définition : construction unique ou constructions multiples, de destinations très différentes pouvant aller du simple entrepôt aux constructions scolaires ou aux salles de sport. […] Son esthétique suffit pourtant à ce qu’il demeure un édifice complet d’apparence, dans l’attente, qui sera peut-être longue, des programmes futurs ».

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