Jean  NOUVEL  architecte .

Jean Nouvel fustige le « moyen Paris »

Grand Paris Express, gouvernance, politique du logement, JO… Jean Nouvel livre, dans un entretien exclusif, sa vision de la métropole parisienne. Le plus célèbre des architectes français, prix Pritzker 2008 – l’équivalent du Nobel pour l’architecture –, déplore le manque d’ambition des politiques sur le sujet. Il fait des propositions pour la ville dont il dit être « amoureux ». Et revient sur les projets architecturaux emblématiques du Grand Paris.

En 2008-2009, vous avez participé, avec neuf autres équipes d’architectes, à la « consultation internationale » sur le Grand Paris de demain, lancée par Nicolas Sarkozy. Six ans après, quel bilan faites-vous du projet de transformation de l’agglomération parisienne ?

L’idée était formidable, totalement neuve. On lance rarement une étude pour définir la stratégie d’évolution d’une métropole. Qui plus est, en disant aux architectes : « Vous avez le droit de vous mettre en marge des schémas directeurs, et de toute la mécanique technocratique de l’urbanisme ! » Faire appel à des équipes pluridisciplinaires était aussi une très bonne chose. Evidemment, j’ai été très déçu par l’arrivée de Christian Blanc [secrétaire d’Etat chargé du Développement de la Région capitale de 2008 à 2010, ndlr], qui a détruit tout cela. Il a débarqué avec un onzième projet comme s’il n’y en avait pas assez de dix, et a décidé que le Grand Paris serait simplement une ligne de métro… Notre réflexion faisait pourtant sens. Nous nous sommes rendus compte que l’on pouvait, assez rapidement, changer beaucoup de choses. Hélas, il y a eu une confusion de la part du grand public concernant cette étude : les gens ont pensé que c’était un projet dispendieux, une folie étatique, qu’on allait tout bouleverser du jour au lendemain. Alors qu’en fait, il s’agissait d’utiliser des fonds annuels existants liés à des grands secteurs : logement, transport, agriculture, paysages… Tous ces budgets existaient déjà !

Parmi les propositions que vous aviez faites en 2009, et qui n’ont pas été mises en œuvre, laquelle regrettez-vous le plus ?

Ce que je regrette le plus, c’est l’abandon de cet esprit que j’évoquais. Il aurait fallu demander simultanément aux communes, aux différents échelons administratifs, aux instances chargées de la voirie, de changer radicalement la donne. Prenons une de nos propositions les plus emblématiques : les lisières. Une idée simple, compréhensible par le grand public : la ville s’accroît inexorablement, ses frontières sont sans cesse repoussées, au détriment des terres agricoles. Et les plus défavorisés se retrouvent souvent en périphérie, loin des moyens de circulation. Nous voulions donc créer une limite, en donnant une géographie claire à la métropole. Ces lisières constitueraient un parc, de la largeur d’un terrain de football, qui ferait le tour de cette algue que forme Paris. Cette ligne de rencontre permettrait aussi de se connecter avec les chemins forestiers, de développer une agriculture qui rappellerait les jardins ouvriers d’autrefois, et toute une activité liée aux sports. Notre idée de « loi lisière », qui s’inspirait de la loi littoral, aurait précisé: « A partir de cette limite, c’est fini, on ne construit plus ! » Mais je n’ai pas trouvé d’écho chez les politiques. J’en avais parlé à Cécile Duflot [ministre EELV du Logement en charge du Grand Paris de 2012 à 2014, ndlr] lors d’une interview croisée pour le Nouvel Obs ; elle m’avait répondu : « Chiche, on le fait ! » Mais ces mots ont disparu à la relecture. Rien n’a été fait, évidemment…

 

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