VEUT METTRE KO LES PRÉJUGÉS SUR LES BANLIEUES

Le sextuple champion du monde de boxe est depuis mars 2016 délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer. Ce natif de Pointe-à-Pitre, élevé en Seine-Saint-Denis, compte notamment sur le Grand Paris Express et les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 pour rapprocher Paris et sa banlieue.

Julien Descalles

S’il a raccroché les gants voici quatre ans, le sextuple champion du monde de boxe Jean-Marc Mormeck n’a pourtant pas renoncé à s’offrir quelques rounds supplémentaires. Sur un autre ring, cette fois. Délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer depuis mars 2016, le voici désormais plongé dans l’arène politique. Une reconversion dont il semble le premier surpris, lui dont la première réaction aura été l’esquive. Peur du KO et des coups sous la ceinture ? « Disons que quand Patrick Karam a évoqué ce poste, j’ai d’abord poliment refusé, je trouvais la vie politique… dangereuse, confie-t-il, dans un sourire désarmant. Et puis j’ai pris le temps de la réflexion, je me suis renseigné sur le rôle, et je me suis dit que c’était le meilleur moyen de renvoyer l’ascenseur, non comme professionnel de la politique, mais comme citoyen engagé. »

Un tireur d’élite » haut-fonctionnaire

Venir en aide aux jeunes ultramarins débarquant en métropole, lui, le natif de Pointe-à-Pitre élevé par sa grand-mère en Guadeloupe jusqu’à ses six ans, ne pouvait refuser. L’exil définitif du futur boxeur date d’un voyage de vacances chez son père à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Le déracinement est alors brutal, mais pas question pour autant de ruminer ce mauvais coup. « Oui, la banlieue peut être dure et violente, mais elle a aussi ses vraies richesses, c’est un village où la solidarité et l’entraide ne sont pas de vains mots. C’est cette image que je veux restaurer. Regardez-moi : j’y ai découvert ma vocation, la boxe, j’ai fait mon lot d’erreurs, je suis reparti bosser, et me voici haut-fonctionnaire.! », souligne « le tireur d’élite », surnom gagné sur les rings.

La banlieue peut être dure et violente, mais elle a aussi ses vraies richesses, c’est un village où la solidarité et l’entraide ne sont pas de vains mots.

Celui qui a dû s’arrêter deux ans après son premier combat pro, avant d’aller conquérir les ceintures mondiales WBC et WBA, sait mieux que quiconque l’importance de toujours se relever après un passage au tapis. À condition cependant que l’on vous tende la main. « Ultramarins et jeunes des quartiers populaires concentrent les mêmes difficultés, les mêmes discriminations, à commencer par l’absence de réseau et l’accès problématique à l’emploi. On a parfois l’impression que lorsque l’on sort de banlieue, que l’on s’en va franchir le périphérique, on vous refuse les mêmes droits que les autres, faute d’avoir les codes et les relations », diagnostique le délégué interministériel. D’où la mise en place depuis novembre 2016 de la plateforme « Egalité emploi », qui regroupe, via un site internet, près de 2 000 offres d’emploi, de stage ou de formation d’une vingtaine de partenaires, parmi lesquels Orange, Auchan, Veolia… Un second dispositif, « la semaine des quartiers.», mobilise de son côté quelque 100 000 entrepreneurs, invités à partager leurs expériences auprès des collégiens et lycéens. « Rien ne doit empêcher un jeune d’être entrepreneur, et surtout pas lui-même. Le but, c’est de leur donner confiance, de leur ouvrir les portes du monde du travail, mais aussi de les responsabiliser. »

Droit photo: © Joseph Melin
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