Avec son look gothique, dans le pur style des Cure, Odile Decq fait figure d’architecte atypique. Cette battante qui a récemment reconverti l’entrepôt Macdonald en incubateur géant de start-up se montre très critique vis-à-vis de l’aménagement de l’agglomération parisienne ou du Grand Paris Express. Portrait d’une rebelle qui ne mâche pas ses mots et ne craint pas la tempête.

Quand l’architecte à la barre est aussi navigatrice, rien de sur- prenant à voir l’un de ses projets phares être baptisé « Le Cargo ». Odile Decq se plaît à lier voile et architecture : « C’est une aventure similaire, où l’on se fixe un cap à atteindre mais où l’on doit sans cesse négocier avec les éléments contraires – que ce soient, le vent, le courant ou le soleil, d’un côté, la réglementation, le budget, le client, de l’autre. Et quand vous atteignez la ligne d’horizon, elle s’est déjà dé- placée, il vous faut trouver un nou- vel objectif, un nouveau projet. »

Le dernier rivage en date où elle a accosté, c’est l’entrepôt Macdo- nald (19e) dont un morceau a été reconverti en incubateur géant de start-up. Avec ses 10.000 m2 dédiés aux jeunes pousses du numérique, c’est le plus grand d’Europe – en attendant l’ouverture de la halle Freyssinet de Xavier Niel, trans- formée par Jean-Michel Wilmotte. Depuis l’an dernier, ce bâtiment à la façade bardée de hublots – comme « des bulles de création qui germent, le noir et blanc faisant référence aussi au système binaire de la réflexion digitale », détaille sa conceptrice – est devenu la vitrine de l’Arc de l’innovation. Le symbole du volontarisme de la Ville en faveur des tiers-lieux et autres pépinières d’entreprises aux loyers modérés.

Près de 40 sites, publics ou privés, ont ainsi fleuri dans le seul Paris intra-muros. Une explosion qu’Odile Decq appelle de ses vœux : « Cela fait une quarantaine d’années que Paris subit le départ de sa population, chassée par les prix de l’immobilier : les artisans et les ateliers ont déserté les premiers, les jeunes familles sont en train de suivre, s’alarme-t-elle. Mais ce mouvement n’est pas inéluctable. Le numérique peut permettre aux villes de conserver leur force de travail et de ramener en centre-ville certaines activités industrielles, notamment, et de services. » Le mouvement des makers et les fab labs pour faire face à la mono-activité ? « Je crois fermement à cette nouvelle génération d’entrepreneurs, il faut donc tout faire pour les accueillir. Car la ville ne peut être seulement dédiée aux bureaux et au tourisme, qui créent trop peu de richesses, profitent à trop peu de monde. » Première pique lancée à la capitale par cette Lavalloise de nais- sance, débarquée à Paris en 1975 pour intégrer les Beaux-Arts.

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