Depuis l’incendie qui a consumé la cathédrale, les architectes se divisent : faut-il reconstruire Notre-Dame de Paris strictement à l’identique ou peut-on s’autoriser un geste contemporain ? Emmanuel Macron a réaffirmé son souhait de voir achevé le chantier en cinq ans.

Julien Descalles

Attention, sujet inflammable. Au lendemain de l’incendie de Notre-Dame qui a vu partir en fumée la charpente vieille de plus de 800 ans et la flèche de Viollet-le-Duc le 15 avril dernier, Emmanuel Macron l’avait assuré, jupitérien : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore, et je veux que cela soit achevé d’ici à cinq années. » Et le Premier ministre d’annoncer, dans la foulée, l’organisation d’un « concours international d’architecture sur la reconstruction de la flèche », s’interrogeant à haute voix sur ses caractéristiques : Faut-il la reconstruire « à l’identique » ? Ou l’« adapter aux techniques et aux enjeux de notre époque ?» Fin mai, le président de la République réaffirmait vouloir privilégier « une alliance de la tradition et de la modernité, une audace respectueuse ».

« Ne pas effacer l’histoire »

De quoi souffler sur les braises d’un dé-bat hautement passionnel, qui plus est concernant l’un des monuments les plus visités au monde – près de 13 millions de visiteurs l’an dernier. S’opposant à la te-nue du concours, l’architecte Denis Valode est l’un des plus ardents partisans d’une restitution conforme au chef-d’œuvre de Viollet-le-Duc, inauguré en 1859. « Un incendie de chantier a malheureusement détruit la flèche alors même que l’on travaillait à sa restauration pour lui permettre de traverser les prochains siècles. Pourquoi changer son fusil d’épaule ? Ayons l’humilité de refaire à l’identique ce que nous n’avons pas su protéger. » Et le cofondateur de l’agence Valode & Pistre de balayer les comparaisons historiques douteuses à ses yeux : « Certains avancent l’exemple de la Pyramide du Louvre, mais il s’agissait alors de transformer un ancien palais en musée et de lui trouver une nouvelle porte d’accès. Imagine-t-on changer la fonctionnalité de la cathédrale ? C’est absurde. » Idem pour le Reichstag, à Berlin, et sa coupole revisitée par Norman Foster à la fin du XXe siècle. « L’ambition était d’écrire une nouvelle page d’histoire, d’effacer celle tragique de l’incendie sous le nazisme et d’exposer l’image d’une Allemagne contemporaine, réunifiée, en reconstruisant autrement. Il n’y a, à Paris, aucune raison de vouloir effacer l’histoire de Notre-Dame ! »

Image d’illustration : Projet Palingenesis de l’architecte Vincent Callebaut pour la reconstruction de Notre-Dame. – © Vincent Callebaut

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