Député LREM de la 7e circonscription de Paris, particulièrement engagé sur les sujets métropolitains, Pacôme Rupin livre sa vision sur les dossiers clés qui attendent les arbitrages d’Emmanuel Macron.

Propos recueillis par Tristan Quinault-Maupoil

Les arbitrages du président de la République pour le Grand Paris sont très attendus. En ce qui vous concerne, qu’en attendez-vous ?

On assiste à un phénomène de métropolisation dans le monde entier. A Paris aussi, il faut arriver à le comprendre, l’anticiper et l’organiser. La Métropole du Grand Paris, ça fait trente ans qu’elle se développe. Sans maîtrise, sans cohérence, mais elle s’est faite. Heureusement qu’il y a le projet de Grand Paris Express qui a été lancé par Nicolas Sarkozy.

Heureusement que Bertrand Delanoë a lancé Paris Métropole. Maintenant, il faut un projet plus abouti et je me félicite de la méthode du président de la République qui prend le temps de la réflexion et de la concertation afin de pouvoir trouver des solutions aux trois grands problèmes de la MGP : les transports, le logement et la mixité sociale. Il nous reste à construire, comme le dit le président de la République, Paris au carré.

Tout le monde n’est pas d’accord sur la définition de la Métropole…

Elle doit correspondre à une « ville monde ». Une zone avec une certaine densité qui va venir agglomérer un certain nombre de territoires, d’atouts, d’attractivités touristiques, économiques et culturelles qui permettront d’être un moteur pour le pays.

Donc vous êtes plutôt favorable à un périmètre à l’échelle de l’agglomération et non de la Région ?

Je pense qu’il faut clarifier le rôle de chacun. Je ne crois pas à la région métropole. Parce qu’à mes yeux une métropole doit être une très grande ville. La Région a un autre sens : c’est l’échelon territorial qui harmonise les relations entre une métropole, des villes moyennes et des zones péri-urbaines et rurales. La région, il ne s’agit pas de l’affaiblir avec la Métropole, mais au contraire de la renforcer sur des compétences qui ont une pertinence sur son périmètre. Il faut surtout réfléchir à un périmètre agile car la Métropole va continuer de se développer. C’est ce qui s’est passé dans l’histoire de Paris : petit à petit, des villages sont devenus des villes, puis des arrondissements.

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a évoqué la suppression de trois départements. Y êtes-vous favorable ?

Je pense qu’il faut conserver la volonté de simplifier, en revanche il faudra bien regarder ce qu’on simplifie. Parce qu’il y a évidemment des administrations publiques qui sont derrières ces strates, des politiques publiques et un service public. Lorsque l’on fusionne des départements, ça a des conséquences sur ces services. Donc il faudra l’entendre et regarder ce qui est le plus simple et le plus efficace à fusionner. Il faudra aussi garder en tête que tout cela doit être lisible. Que le citoyen sache, quand il va voter, qui il va désigner, pour mener telle politique avec telles compétences.

Faut-il que le président de la MGP soit élu directement par le suffrage universel ?

Je pense que ça arrivera un jour, c’est mon souhait. Est-ce que nous sommes suffisamment matures pour avoir tout de suite un président de Métropole qui soit identifié comme le patron ? Ou est-ce que ça demande un peu de temps et qu’il est important de conserver des responsables politiques de niveau inférieur ? Cette question doit rester ouverte.

Comment rassurer les élus inquiets, à l’image de Patrick Devedjian (président (LR) du conseil départemental des Hauts-de-Seine) de voir se développer  la Métropole ?

Il est à la tête d’un département qui est déjà dans la Métropole. Peut-être craint-il qu’il soit supprimé ou qu’un projet politique de la Métropole pourrait aller à l’encontre du projet politique qu’il porte pour les Hauts-de-Seine. Il fait partie des élus à écouter, mais je ne suis pas d’accord avec lui pour dire que la Métropole ne sert à rien.

Une fois les arbitrages d’Emmanuel Macron rendus, les parlementaires LREM se sentiront libres de l’amender ?

Les députés doivent écrire la loi en arbitrant différents intérêts et trouver des solutions qui conviennent aux habitants et aux élus. C’est ainsi que les institutions fonctionnent. Je me félicite que le président de la République s’implique. Avoir la personne la plus importante de l’état qui veut donner du dynamisme à cette Métropole, c’est une grande chance. C’est justement la stratégie globale d’Emmanuel Macron de redonner à la France une attractivité. Il sait qu’il faut un premier de cordée, qui peut être cette Métropole, et qui permet d’attirer des talents qui, sinon, iraient dans d’autres métropoles du monde.

Pour séduire les investisseurs, il avait été question lors des dernières régionales de changer le nom de l’Île-de-France. Vous dites « pourquoi pas » ?

On a une marque extraordinaire, Paris… Connue dans le monde entier. Il faut utiliser nos atouts, cette ville qui fait rêver des millions de personnes, qui peut attirer des talents du monde entier.

Quel regard portez-vous sur la gestion d’Anne Hidalgo à Paris ?

Entre LREM et elle, ça n’a pas été toujours simple. Vous mettez de l’eau dans votre vin pour vous accorder sur le Grand Paris ? Je fais partie de la majorité parisienne et de la majorité présidentielle. On peut être député LREM et soutenir aussi la majorité parisienne. Ensuite, il y aura des différences politiques qui s’exprimeront au moment des élections. En attendant, essayons de faire en sorte d’être le plus utile possible.

êtes-vous pour le report des élections municipales en 2021 et le regroupement avec d’autres scrutins ?

Oui, j’y suis favorable personnellement. Ce serait sain et ça aurait du sens d’avoir un grand rendez-vous pour les élections locales. On a parfois l’impression que ce pays est en permanence en campagne, or je crois qu’il faut laisser le temps aux Français de respirer.

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