« Nous sommes des financeurs, des investisseurs, mais nous pouvons également nous situer en amont des politiques publiques quand les territoires le souhaitent pour les aider dans leurs réflexions. »

En mai 2018, la Caisse des dépôts (CDC) a créé la Banque des Territoires, dont vous êtes la directrice pour l’Île-de-France. Pourquoi cette nouvelle structure ?
MARIANNE LOURADOUR : Derrière ce nom de marque, qui participe d’une politique de communication assumée, il y a la volonté de mettre les territoires au centre du plan stratégique de la Caisse des dépôts. La Banque des Territoires nous permet de rassembler toutes nos expertises et tous nos métiers (prêteur, investisseur, ingénieriste) dans un périmètre cohérent, qui comprend également les compétences des filiales, comme CDC Habitat pour le logement social et la SCET (Services, Conseil, Expertises et Territoires) pour ce qui concerne l’ingénierie des projets territoriaux. Cette nouvelle stratégie d’intervention change la donne en termes de rapidité, d’agilité et de réactivité. Notre mission reste celle de rendre les territoires plus durables, plus attractifs, plus connectés et plus inclusifs.

Quelles sont vos missions ?
M.L. : Nous sommes des financeurs, des investisseurs, mais nous pouvons également nous situer en amont des politiques quand les territoires souhaitent que nous les accompagnions dans leurs réflexions. Nous faisons aussi nos propres diagnostics pour identifier nos priorités d’intervention et nos analyses financières. Notre activité est entièrement dédiée aux territoires et nous nous mobilisons pour que les bonnes idées émergent et que les projets intéressants se réalisent afin que le Grand Paris soit plus durable, plus attractif. L’objectif est d’arriver à capter toute cette innovation urbaine afin qu’elle soit profitable à tous.

La Métropole du Grand Paris et la Banque des Territoires ont signé une convention de partenariat en octobre dernier. En quoi consiste-t-il ?
M.L. : Cette convention de partenariat acte un engagement commun en faveur de l’aménagement et du développement du Grand Paris. Nous avons passé en revue tous les axes de compétences de la MGP que la Banque des territoires pouvait accompagner, via notamment des financements et des investissements pour la mise en place d’outils communs pour accompagner les grandes transitions. Cela s’est traduit, entre autres actions, par des interventions dans le cadre du dispositif « Centres-villes vivants », l’un des programmes de la MGP, ou encore par la signature du « pacte pour une logistique métropolitaine » dès le mois de septembre dernier.

Le deuxième volet de l’appel à projets «.Inventons la Métropole du Grand Paris » a été lancé. Quel bilan tirez-vous de cette opération d’aménagements innovants.?
M.L. : Les projets avancent et nous avons prévu d’investir 100 millions en fonds propres sur le premier appel à projets, en plus des 100 millions du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA). En tout, nous accompagnons 23 des 58 lauréats de cette première session. Nous soutiendrons tous les groupements qui répondent aux besoins des territoires et qui souhaitent développer des projets robustes. L’idée est de se dire qu’aujourd’hui, sur les territoires franciliens, il n’y a pas un projet qui ne puisse aboutir pour des raisons de financement. C’est notre obsession.

Quels sont les plus gros défis à relever pour la MGP ?
M.L. : L’un des grands défis à relever est celui de la transition énergétique. Nous avons un bilan déficitaire, puisque 90 % de l’énergie est importée. Il faut arriver à produire une énergie propre et à consommer moins. L’autre gros défi, et il faut bien l’avoir en tête, c’est de produire du logement. Les besoins sont énormes, notamment sur le logement social, avec 700 000 demandes en Île-de-France. Sans oublier les gens à la rue et ceux logés dans des conditions indignes. Il faut faire mieux et plus, il faut libérer du foncier, transformer des bureaux en logements, faire des expérimentations sur de l’immobilier transitoire, etc.

Autre priorité : la logistique métropolitaine, source de pollution importante. Il faut équiper dès maintenant la zone dense de plateformes logistiques (ferroviaire, fluviale, etc.). Toute cette innovation-là, cette recherche, ce paramétrage du territoire, c’est maintenant. C’est pour cela que nous accompagnons massivement la SOGARIS [pionnier de la logistique urbaine du Grand Paris, dont le projet « Hôtel logistique Chapelle International.» est le seul lauréat français des MIPIM Awards 2018, ndlr] qui est un outil d’économie mixte, c’est-à-dire avec une gouvernance publique/privée.

Comment appréhendez-vous l’après-Brexit ?
M.L. : En tant qu’opérateur engagé sur le territoire, notre mission est d’aller chercher toutes les opportunités et de capter les vents favorables même en période de gros temps. Et nous pouvons donc tirer des opportunités du Brexit pour l’Ile-de-France, notamment pour attirer des investisseurs internationaux, positionner la place financière de Paris et augmenter notre attractivité économique et touristique. Il y a beaucoup d’opportunités à saisir, dans une période où le Grand Paris revoit en profondeur son plan de déplacement avec les 200 km de lignes nouvelles du Grand Paris express et où l’innovation urbaine est à un point haut avec l’introduction de la data dans la construction des villes.

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