Les 68 futures gares du Grand Paris Express devraient toutes abriter à terme une œuvre d’art monumentale conçue par des artistes, de renommée internationale ou en devenir, en lien étroit avec les architectes qui ont dessiné les lieux. Les douze premiers projets élaborés en duo viennent d’être dévoilés. Retour sur une initiative audacieuse, d’art d’art.

Germain Sitelle et Bertrand Gréco

Etre ambitieux. Ne pas s’arrêter à la seule fonction du transport. Les 68 futures gares du Grand Paris Express ont été pensées comme des gestes architecturaux, signés par de grands noms. L’idée, dès le commencement, a été de ne pas se contenter de simples stations, où les passagers attendront leur train en 2030, quand les 200 kilomètres du supermétro auront été construits. Mais de faire sortir de terre des lieux de vie dotés d’une silhouette immédiate-ment reconnaissable, comprenant des commerces, des logements, des bureaux. Et aussi de l’art, ce quelque chose d’im-palpable, de symbolique, de gratuit qui ne produit rien sinon des sentiments parfois contrastés, une réflexion, une rêverie. Sans compter « la fierté » qui en découlera, comme l’assure José-Manuel Gonçalvès, le directeur artistique du Grand Paris Express.

« Nous voulons que les gens parlent des œuvres d’art qui feront partie intégrante de leurs gares. La banlieue a aussi le droit à des gestes créatifs forts », estime celui qui est aussi à la tête du 104, le centre culturel du 19e arrondissement parisien. Pour Thierry Dallard, le président du directoire de la Société du Grand Paris (SGP) chargée de construire la gigantesque infrastructure, « le geste architectural et l’offre artistique très volontariste sont des messages envoyés à la population, renforçant le rôle de centralité des futures gares ». Dès le départ, la SGP a décidé d’installer des pièces monumentales dans chacune des 68 haltes du supermétro. « L’objectif est de constituer une grande collection, mais pas avec des créations surgissant ex nihilo », explique José-Manuel Gonçalvès. Il n’a en effet jamais été question que les sculptures et autres installations soient posées après l’inauguration des édifices, mais qu’elles soient conçues en amont par des artistes contemporains dialoguant étroitement avec les architectes. « Nous voulons qu’il y ait un rapport singulier, quasiment organique de chaque pièce avec le bâtiment qui l’inclura. »

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La gare de l’agence Chartier-Dalix à La Courneuve (93) abritera l’œuvre de Duy Anh Nhan Duc

Créer des tandems

Pour monter ces tandems entre plasticiens et bâtisseurs, José-Manuel Gonçalvès a d’abord rencontré les seconds, demandant à chacun de lui expliquer leur projet, dans les moindres détails. Puis il a proposé à chaque architecte une « short list » de noms d’artistes dont l’univers lui semblait compatible ; il n’a dû revoir son jugement qu’à deux reprises. Parfois, l’architecte connaissait déjà le travail du plasticien proposé par le directeur artistique. C’est le cas de Dominique Perrault, qui planche sur la gare Villejuif-Institut Gustave-Roussy (94), et appréciait les sculptures lumineuses jouant sur des effets de profondeur du Chilien Ivan Navarro. Le duo a prévu de mettre en place sur les plafonds de deux niveaux de la gare, creusée dans le sol, des noms d’astres inscrits en néons et dessinant les rayons de cadrans circulaires, tout en créant une perspective. De même, à Saint-Maur-Créteil (94), la plasticienne d’origine autrichienne Susanna Fritscher et l’architecte Cyril Trétout se voient très régulièrement pour mettre au point un garde-corps tissé de câbles pour l’escalier monumental de la gare, comme une paroi tendue de fins filins, enveloppant l’ouvrage et laissant passer la lumière…

Droits photo : © SGP Kengo Kuma -Dans la gare Saint-Denis-Pleyel (93), signée Kengo Kuma, le chanteur belge Stromae proposera une création design / © Duy Anh Nhan Duc Empreinte – Chartier Dalix
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