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Le projet de rénovation de la gare du Nord, porté par StatioNord, regroupant la SNCF et Ceetrus (filiale du groupe Auchan), fait polémique. Il prévoit notamment de doubler les surfaces commerciales et de services, avec notamment 31 000 m2 de commerces, lesquels permettront, selon les défenseurs du projet, de financer les travaux de rénovation. Les opposants dénoncent une privatisation et une marchandisation.

Propos recueillis par Sylvie Roman

POUR Luc-Eric Krief, chef d’entreprise et administrateur du Medef Île-de-France.

« LES VOYAGEURS MANIFESTENT DE NOUVEAUX BESOINS DE CONSOMMATION »

 Luc-Eric Krief

Quelle est la position du Medef Île-de-France sur le projet de restructuration de la gare du Nord ?
Il n’y a pas encore eu de position officielle du Medef Île-de-France sur ce sujet. Mais à l’instar d’autres dossiers, qui malheureusement ont été annulés, comme Europacity, c’est un projet qui va dans le bon sens, qui soutient l’emploi et la croissance. Pour nous, la défense du commerce de centre-ville et de proximité est aussi primordiale. Aujourd’hui, les voyageurs manifestent de nouveaux besoins de consommation et sont demandeurs de nouveaux services, y compris dans les lieux qu’ils fréquentent quotidiennement ou moins souvent, comme les gares. Le projet s’inscrit dans cette évolution. Il ne faut pas oublier qu’avec le Brexit, la gare du Nord est appelée à renforcer sa place de « porte d’entrée », non seulement en France, mais dans l’Union européenne. Sa restructuration est donc d’autant plus indispensable et fondamentale.

 

CONTRE Serge Rémy, président du collectif Retrouvons le Nord de la gare du Nord.

« ON NE PEUT PAS RÉDUIRE LES INDIVIDUS À DE SIMPLES CONSOMMATEURS »


Serge Rémy

Comment est née votre association et quels sont ses objectifs ?
Début 2019, lors de la présentation du projet à la mairie du 10e arrondissement, la sidération a saisi une grande partie de l’assistance. Nous découvrions une immense galerie marchande dans laquelle arriveraient des trains. Cela paraît évident, mais il est utile de rappeler qu’une gare est avant tout un lieu dédié aux voyageurs ! Dans ce dossier, on a totalement oublié l’objet premier de la gare. Sa rénovation doit d’abord viser un meilleur service aux voyageurs, qui sont 700 000 aujourd’hui, et pourraient croître jusqu’à 900 000, selon StatioNord. Ce chiffre est d’ailleurs sujet à caution. Même si le projet de Ceetrus répond au cahier des charges de Gares & Connexions [filiale de la SNCF, ndlr], l’enjeu n’est pas de créer des galeries commerciales pour accéder aux quais. Par ailleurs, le projet néglige complètement la question de l’intermodalité avec les lignes de métro et de RER en souterrain et les trajets du quotidien. Autre problème : la confusion, voire la collusion entre les intérêts publics et privés. Il y a une dérive du Partenariat Public Privé [PPP], qui a pourtant fait la preuve de son mauvais fonctionnement…



Droits photo : © Altarea Cogedim – exemple en cours de réalisation, transformation de la gare Montparnasse.
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