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« NOUS VOULONS RÉUSSIR LA DÉMONSTRATION DES PREMIERS JEUX POST-ACCORD DE PARIS »

Nicolas Ferrand est à la tête de la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), l’organisme public chargé de construire les équipements des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Une entreprise colossale, qu’il doit mener à bien en veillant à respecter le budget (3,2 milliards d’euros), le calendrier et l’ambition écologique. Construction du Grand Paris, héritage post-olympique, engagements environnementaux, ambition technologique, sécurité… Il détaille sa vision de ce que devront être ces « premiers Jeux post-accord de Paris » sur le climat.
Propos recueillis par Bertrand Gréco et Gaspard Dhellemmes

 

 
Quelle est votre définition du Grand Paris ?
NICOLAS FERRAND : Le Grand Paris est un projet formidable de développement et d’aménagement visant à transformer l’agglomération parisienne en une grande métropole mondiale du XXIe siècle, afin d’améliorer la vie des habitants, de corriger les inégalités territoriales et de construire une ville durable. C’est un accélérateur de transformation ! Cette métropole est unique en France, par son mode de vie et sa dynamique économique.
Cela tient à la densité de personnes, qui créent une effervescence que l’on ne retrouve pas ailleurs. En même temps, il y a une rudesse dans le Grand Paris. D’où ce paradoxe : une qualité de vie forte mais une vie parfois difficile. Cette dualité s’estompe quand on sort de la zone dense, en périphérie de la métropole, à Meaux ou Melun par exemple, où le mode de vie est plus proche de celui d’une ville moyenne en région. La singularité du Grand Paris est aussi liée au polycentrisme : les citoyens de la métropole appartiennent tous à plusieurs bassins de vie et d’emploi, qui ne se superposent pas. Ce qui offre plus d’opportunités mais engendre plus de contraintes. Quand vous habitez dans l’agglomération rennaise, par exemple, les bassins de vie, d’emploi et de loisirs se confondent à peu près, et il clair que le centre-ville de Rennes est le point focal. Le Grand Paris est une « métapole.», pour citer François Ascher [urbaniste et sociologue français, ndlr], c’est-à-dire une métropole dans laquelle les géographies sont complétement dissociées.

En tant que directeur général de la Solideo, vous portez une grande responsabilité dans la construction du Grand Paris. Comment les Jeux dessineront-ils le visagede la métropole de demain ?
N. F. : Je contribue à dessiner un petit morceau du visage du Grand Paris ! Les Jeux permettent avant tout d’accélérer des transformations qui sont déjà à l’oeuvre. Par exemple, avec le village olympique, on achève la mutation de l’interface entre la Seine-Saint-Denis et les Hauts de-Seine, séparés par le fleuve. Avec la future gare Pleyel [93], et l’arrivée des lignes du Grand Paris Express, on aura un système urbain complet, correspondant, en termes de fonction, à la densité que l’on peut trouver autour de Châtelet. Les Jeux permettent de livrer cette pièce manquante en une seule fois, là où une zone d’aménagement classique aurait mis 15 ans à devenir un ensemble urbain cohérent. Ensuite, les Jeux sont un révélateur de dynamiques sous-jacentes. Ils vont contribuer à l’évolution du regard que l’on peut porter sur certaines parties du territoire de l’Île-de-France. L’Arena II, porte de la Chapelle [18e], va incarner le renouveau du nord de Paris et le rendre brutalement visible. La logique est similaire au Bourget [93] autour du village des médias.

Grand entretien, Nicolas Ferrand - grand paris développement, le village olympique
Village Olympique, Secteur E | Vue aérienne – © SOLIDEO / Sennse – C. Badet

Nous sommes en train de démontrer qu’il est possible de fabriquer un morceau de ville, pour 6 000 habitants et 5 à 6 000 emplois à terme, capable de faire
tomber le bilan carbone de 42%.



Les installations olympiques devront être, dites-vous, un « démonstrateur de ce à quoi ressemblera la ville en 2050.», une « vitrine de la France, de son savoir-faire et de ses ambitions durables, inclusives et responsables ». C’est-à-dire ?
N. F. : Le gouvernement d’un côté et le conseil d’administration de la Solideo de l’autre nous ont effectivement demandé de construire en apportant des solutions aux grands enjeux de la ville à l’horizon 2030-2050. Pourquoi ? À cause de la très forte visibilité des opérations et parce que la France dispose de groupes leaders mondiaux dans les filières liées à la ville : Vinci, Bouygues, Eiffage, Véolia, Suez… Le cahier des charges de chaque ouvrage permettra à ses fleurons de démontrer leur savoir-faire pour répondre aux questions d’avenir : objectif de neutralité carbone, adaptation au dérèglement climatique, biodiversité urbaine, tension sur les matériaux de construction et économie circulaire, ville digitale, etc. Pour le village des médias à Dugny, adossé au parc Georges-Valbon, nous mettrons l’accent sur la biodiversité et la nature en ville. Nous allons créer une cité-jardin du XXIe siècle. Pour le village olympique et paralympique, l’objectif est de travailler sur le bas-carbone, l’énergie et l’économie circulaire. Nous sommes en train de démontrer qu’il est possible de fabriquer un morceau de ville, pour 6 000 habitants et 5 à 6 000 emplois à terme, capable de faire tomber le bilan carbone de 42%. Pas simplement sur les bâtiments, mais sur tout l’espace public. Dès aujourd’hui, sans déroger aux lois du marché, nous pouvons atteindre les objectifs de 2030…

Droits photo : © Nemo
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