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Les experts sont unanimes : le patrimoine architectural et paysager, qu’il date du XVIe ou du XXe siècle, doit être intégré à la construction du Grand Paris. Ne reproduisons pas les erreurs du passé en cédant à la tentation de la démolition-reconstruction systématique, exhortent-ils. Il ne s’agit pas pour autant de proscrire tout geste contemporain au sein du bâti existant, comme dans certaines opérations « Réinventer Paris ». La question est : jusqu’où peut-on aller sans dénaturer « l’esprit des lieux » ? Explications.

Julien Descalles

L’émotion provoquée par l’incendie de Notre-Dame de Paris emportant charpente et flèche de Viollet-le-Duc en avril dernier l’a rappelé : pas question de faire fi du passé. « Le patrimoine architectural permet aux habitants de s’identifier à un territoire, de le comprendre, de s’y attacher. La construction métropolitaine doit absolument s’appuyer dessus. Il donnera des racines historiques et géographiques et de la chair au Grand Paris, bien davantage que n’importe quelle structure technocratique et autre découpage administratif », défend Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments nationaux (CMN). Pour lui, le patrimoine bâti et paysager francilien doit structurer le Grand Paris en même temps qu’il répond à bien des défis de la ville du XXIe siècle : identité, durabilité, attractivité économique, sociabilité, etc.
« À l’heure de la lutte contre les îlots de chaleur et de la quête de poumons verts, pas question par exemple de faire abstraction des reliquats des forêts des chasses royales, comme Meudon, Saint-Germain-en-Laye, Fausses-Reposes…, ajoute le patron du CMN. De même, peut-on s’appuyer sur les restes des anciennes fortifications pour retisser le lien entre Paris et ses banlieues. Quant à la Seine, axe de transport et voie patrimoniale, pourquoi ne pas encore renforcer son rôle à la fois économique, écologique et culturelle ? » Sans oublier combien l’architecture monumentale est une force d’attraction touristique primordiale, de la tour Eiffel au château de Versailles.

Comme nombre d’interlocuteurs de ce dossier, Philippe Bélaval prévient donc contre toute tentation de la table rase : « Que chaque époque, y compris la nôtre, apporte sa strate, sa modernité, son génie, évidemment, mais attention à ne pas y aller à coups de sabre. Car tout projet architectural qui violente la mémoire des lieux est tôt ou tard voué à l’échec. C’est l’île de la Cité sur laquelle Haussmann a plaqué une cité administrative qu’il faut aujourd’hui retravailler car elle est désertée par les Parisiens. C’est la coupure du périphérique effaçant les anciennes fortifs qui demande aujourd’hui à être corrigée. Au projet métropolitain de faire preuve de davantage de subtilité. »

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Parking à vélo sécurisé dans la future gare du Nord revisitée par Valode & Pistre – © JValode & Pistre.

Une leçon à méditer, selon Nicolas Michelin, architecte-fondateur de l’agence ANMA, à l’heure d’édifier les 68 gares du Grand Paris Express et des dizaines de « hubs », futurs centres métropolitains : « Les futurs quartiers de gares ne doivent pas reproduire l’erreur de l’après-guerre où les trames viaire et maraîchère ont été effacées par le pavillonnaire. À Arcueil [94], Cachan [94], Clamart [92]…, il y a un génie du lieu, une identité, une tradition qu’il ne faut pas mettre en péril par une densification et une verticalité trop intenses. Il faut que ces nouvelles centralités donnent l’im-pression d’avoir toujours été là, au risque sinon d’être rejetées par les habitants. » En charge de la construction de la future gare de Vert-de-Maisons (94), l’agence Valode & Pistre s’est ainsi inspirée des briques rouges de la cité voisine d’HBM du square Dufourmantelle pour mieux se fondre dans le paysage. « Preuve que le “déjà là” ne brime en rien l’expression de la modernité, au contraire, il vient enrichir le projet », se réjouit Éric Valode.

Droits photo : © Jean-Pierre Delagarde – Centre des Monuments Nationaux
Illustration : © JValode & Pistre
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