Avec le « supermétro », les territoires misent sur de nouvelles opportunités économiques au bénéfice de l’emploi local.

Magali Sennane

C’est le plus grand chantier d’Europe. Un projet colossal dont les répercussions sont très attendues sur les territoires d’Ile-de-France. Avec ses 200 kilomètres de nouvelles lignes à construire et ses 68 nouvelles gares, ce nouveau « supermétro » est présenté comme un formidable tremplin pour le développement économique et l’emploi, notamment au niveau local.

Le 7 novembre dernier, la Société du Grand Paris (SGP), en charge de la réalisation du projet, signait avec le département du Val-de-Marne et l’Établissement public territorial (EPT) Grand Paris Sud Est Avenir une convention pour le développement de l’emploi, en lien avec la future ligne 15 du métro. Cette cinquième convention signée cette année engage la SGP à réserver a minima 5% des heures de travail au bénéfice de l’insertion et d’attribuer au moins 20 % des travaux à des PME, en cotraitance ou en sous-traitance.

15 000 et 20 000 emplois crées

À elle seule, la réalisation de ligne 15 sud représente ainsi, rien que sur les marchés de génie civil, 1,1 million d’heures en insertion, soit 600 temps plein annuels. Et, en 2018, lorsque les travaux de génie civil tourneront à plein régime sur cette portion, c’est plus de 5 000 salariés qui seront employés au même moment. « À partir de 2018, entre 15 000 et 20 000 emplois par an devraient être créés en lien avec les chantiers du Grand Paris Express, note Étienne Guyot, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie Paris Ile-de-France. Cette nouvelle infrastructure devrait également générer entre 115 000 et 300 000 emplois hors chantier, car elle va attirer de nouvelles entreprises, permettre la création de nouvelles installations et de nouveaux logements qui vont avoir un effet considérable sur l’emploi en Ile-de-France et même au-delà sur toute la France. »

L’ampleur des chantiers est donc telle que son impact sur l’emploi dans le BTP semble indéniable. Mais pas uniquement. En effet, en facilitant les relations domicile-travail et en permettant aux entreprises d’accéder à de nouveaux bassins de travailleurs, le nouveau métro devrait fluidifier le marché de l’emploi. Une bonne nouvelle quand on sait que la mobilité reste un facteur d’exclusion majeur. Une étude récente du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) démontrait ainsi qu’en France 62% de jeunes entre 18 et 30 ans avaient refusé un travail en 2016 en raison des difficultés de déplacement.

Mais ce n’est pas tout. L’apparition de ce nouveau métro devrait aussi engendrer la création d’un tout nouvel écosystème économique sur les territoires concernés. « Pour que ces opérations d’aménagement fonctionnent, prévient Étienne Guyot, il faut prévoir de la mixité entre activités économiques et logements, mais aussi au sein même des activités économiques. C’est-à-dire inclure des bureaux, des PME, des PMI industrielles, de la logistique, etc. Car c’est avec un tissu dense d’activités et du logement que nous créerons de la croissance et du développement économique. »

La formation au cœur de la réussite

Dans les territoires enclavés du 93, l’arrivée du nouveau métro est particulièrement attendue pour redynamiser les territoires. « C’est l’occasion pour nous de développer de l’emploi pas seulement dans le secteur des bâtiments publics, mais aussi dans le numérique et l’informatique, l’économie sociale et solidaire ou encore la restauration, l’ingénierie, le nettoyage, etc. », analyse Georges Etienne-Donisa, directeur de la Direction Emploi Formation Insertion à l’EPT Grand Paris Grand Est, dans le 93. De plus, en signant les clauses d’insertion avec les ETP, celles-ci pourront bénéficier à l’ensemble des villes du territoire, même celles où le métro ne passera pas.

Ici, comme partout en Ile-de-France, le rôle de la formation sera primordial. Les entreprises franciliennes témoignent déjà de difficultés pour recruter dans les métiers techniques tels que soudeurs ou chauffagiste. Des besoins en compétences se font également sentir sur les métiers en lien avec la transition écologique et le numérique.

Le Grand Paris express c’est donc un vivier de métiers à saisir. Mais encore faut-il pouvoir répondre à la demande. En 2016, la SGP annonçait la création pour 2017 de l’Académie du Grand Paris, destinée à devenir le super centre de formation aux futurs métiers de ce chantier. Un an plus tard, le projet semble être mis entre parenthèse. L’utilisation des centres de formation déjà existants semble avoir été préférée. Quoi qu’il en soit, ce sont bien l’ensemble des partenaires concernés qui devront travailler de concert pour proposer des formations qualifiantes adaptées aux différents publics. Une condition indispensable pour préparer aux métiers de demain et faciliter le retour à l’emploi de façon durable.

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