Les habitants des banlieues parisiennes ont peu investi les ronds-points et les cortèges des Gilets jaunes. Beaucoup sont sur leurs gardes, résignés après l’enterrement du plan Borloo par le gouvernement. Ils souffrent pourtant du même sentiment d’exclusion et de relégation. Responsables associatifs et élus de terrain dressent un état des lieux et formulent des propositions concrètes.

Julien Descalles

Si le comité Adama manifestait à Paris dès le 1er décembre aux côtés des Gilets jaunes, les quartiers populaires ont longtemps semblé absents des ronds-points comme des cortèges. « Pas absents, mais sous-représentés », corrige d’emblée Mahmoud Bourassi, militant associatif de Bondy, en Seine-Saint-Denis, venu afficher son soutien au mouvement lors des premières marches parisiennes de l’automne. « Par prudence autant que par désillusion. Parce que Gilets jaunes, les quartiers populaires le sont depuis des décennies, sans qu’aucune de leurs luttes sociales, de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 aux émeutes de 2005, n’ait mis fin à la dégradation des conditions de vie. » En clair, chat échaudé craint l’eau froide. Mais le militant voit également derrière cette relative discrétion « l’intuition de certains habitants, qui ont craint d’être instrumentalisés pour discréditer le mouvement, s’inquiétant que la casse soit imputée aux jeunes de banlieue ».

Un brin de résignation et de lassitude également évoqué par Olivier Klein, maire socialiste de Clichy sous-bois (93) et président de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), quand il évoque le silence de ces concitoyens : « A-t-on peur du déclassement quand on y est confronté depuis longtemps ? De perdre son emploi quand on est d’ores et déjà au chômage ?.» S’y ajoute un sentiment d’impuissance : les banlieues ont déjà eu droit à leur grand débat national l’an dernier… sans résultat. « Après l’attente soulevée par les États généraux de Grigny [91] à l’automne 2017 et le tour des quartiers politiques de la ville qui a suivi, l’enterrement du plan Borloo a été une vraie douche froide. Des mois de consultation anéantis d’un seul coup et l’impression d’être méprisé n’aident sûrement pas à relancer la mobilisation », juge Yasmine Boudjenah (PCF), première adjointe au maire de Bagneux (92) et vice-présidente de l’association Ville & Banlieue.

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